Une auxiliaire de vie malentendante en EHPAD

Comment vivez-vous votre handicap qui est une surdité bilatérale sévère ?

Je ne reçois pas les informations comme une personne entendante. J’entends plus spécifiquement les tonalités graves et pas toutes les nuances sonores. Je suis obligée de doubler ma concentration, et particulièrement quand je reçois des appels téléphoniques.
Dans mon travail, j’ai dû développer une communication non verbale, des codes pour mieux communiquer avec les personnes que je soigne.

 

Avec les années et l’évolution de mon handicap auditif, j’ai dû complètement réévaluer mon mode de communication qui s’appuie désormais sur les sens : le regard, le toucher, les mimiques, le langage des mains ; un langage plus simple presque codé, le recours à des symboles. La communication gestuelle est également importante. Je suis beaucoup plus vigilante aux signaux non verbaux par nécessité de communication : soit de comprendre et d’être comprise. J’ai aussi dû développer une empathie que je n’avais pas. Je me mets bien face aux personnes, à leur hauteur pour les écouter et comprendre ce qu’elles veulent me dire. J’utilise la lecture labiale et ce que je réapprends en orthophonie (reconnaître les syllabes, différencier les sons) pour évoluer.

 

Ainsi, j’ai appris malgré moi et à cause de (ou plutôt grâce à) mon handicap qu’au fond, cette communication plus lente, basée sur les sens, respectueuse du rythme de l’autre est essentielle. Elle est la base – ou plutôt le B.A.‑ba – de la communication auprès des personnes âgées et d’autant plus auprès des personnes qui ont des troubles cognitifs.

Quelles sont vos difficultés ?

Dans mon travail, j’ai parfois l’impression de ne pas être comprise, car mon attitude peut interroger. Par exemple, quand je fronce des sourcils, ce n’est pas parce que je suis en colère, c’est pour me concentrer. Je ne perçois pas toutes les nuances du discours, ce qui nécessite de faire répéter ou d’avoir un interlocuteur compréhensif…

Les résidents m’apprennent la vie, par leur grandeur, leur sagesse, leur calme, leur tolérance. J’ai moi aussi appris la tolérance, à recevoir les critiques, à me poser…

Que vous apporte votre travail ?

J’ai d’abord exercé en tant qu’ASH à Péan. Puis, je suis devenue Auxiliaire de Vie.
Mon travail m’apporte beaucoup : la reconnaissance des résidents et de leurs familles, voir la lumière dans les yeux des résidents…

 

Qu’est ce que cela a changé pour vous de pouvoir mettre le mot « handicap » sur vos troubles auditifs ?

Je vois les choses autrement. Avant, j’étais dans le refus. Je veux que les personnes ne me définissent pas qu’en fonction de cela. Je veux que l’on voie la personne que je suis. Les malades Alzheimer ne veulent pas être définis qu’en fonction de leurs troubles de mémoire. Pour mon handicap, c’est pareil. Il faut prendre en compte les troubles, mais ils ne doivent pas me définir en tant que personne. C’est l’identité (l’être) qui compte.

En prenant en compte mon propre handicap, j’ai réussi à mieux prendre en compte celui des résidents.

Étant moi-même patiente à l’hôpital, j’ai d’autant plus pris conscience de principes de base : respecter les souhaits de la personne, sa dignité, ne pas la réduire à ce qu’elle ne peut pas ou plus faire,…
Aujourd’hui, quand j’accueille un nouveau résident et sa famille, je me présente et j’évoque d’emblée mon handicap pour qu’une relation de compréhension réciproque s’instaure.

 

J’ai dû réapprendre à écouter autrement. Cela passe par un gros travail personnel, non seulement très utile lorsque l’on a mes difficultés sensorielles, mais également indispensable pour les métiers du soin et du grand âge.

Mes collègues m’acceptent comme je suis, c’est un soutien.

Ma cadre de santé m’a même soutenue et encouragée à accepter un implant.

Aujourd’hui, je trouve plus facilement les mots…

 

Témoignage recueilli par :
Cécile MAINGUY
Psychologue à Péan

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