Pénurie médicale, résidents aux pathologies plus lourdes, équipes mobilisées : le projet AEGIS comme réponse collective
Les défis que nous partageons tous
Le manque de médecins, la difficulté à recruter des soignants, des résidents qui arrivent plus tard, plus fragiles, avec des pathologies plus complexes. L’entrée en établissement se fait aujourd’hui à un âge moyen de 86 ans, souvent après une hospitalisation, avec des pertes d’autonomie marquées et des troubles cognitifs avancés.
« Nous ne pouvons plus travailler comme il y a dix ans », constate le Dr Elisabeth Gasiot, gériatre et Directrice Médicale du Groupe ACPPA. « Les résidents cumulent 7 à 8 pathologies en moyenne. Les situations psychiatriques complexes se multiplient. Et dans le même temps, nous peinons à recruter des médecins coordonnateurs ou prescripteurs, des infirmiers, des aides-soignants. «
Face à ce constat partagé par tout le secteur, le Groupe ACPPA a fait le choix de ne pas subir, mais d’actionner tous les leviers possibles. C’est le sens du projet gérontologique AEGIS, lancé en 2025 : miser sur le collectif, la coordination et l’innovation organisationnelle.
Premier levier : coordination renforcée et téléexpertise
« En gérontologie, la complexité des situations dépasse largement les compétences d’un seul professionnel », insiste le Dr Elisabeth Gasiot. « Un résident qui refuse de s’alimenter, c’est à la fois médical, psychologique, social et du rééducatif. Si chacun reste dans son coin, nous passons à côté. C’est l’intérêt de la culture de l’inter-disciplinarité »
AEGIS structure la coordination à tous les niveaux. Des audits complémentaires (psychiatrique, médical, soins) permettent de croiser les regards dès la pré-admission. Une boîte à outils harmonise les pratiques des médecins coordinateurs et de toutes les équipes soignantes. Une équipe gériatrique d’appui intervient à l’échelle du Groupe face aux situations complexes de façon ponctuelle ou en appui.
Cette équipe d’appui est un vrai soutien », témoigne le Dr Hervé Seigneur, médecin coordinateur. « Face à une situation complexe, nous savons que nous pouvons faire appel à des collègues disponibles. Cette mise en réseau nous permet de ne jamais rester isolés.
La télé-coordination et le portail de télépsychiatrie, déployés début 2026, changent la donne. Les équipes peuvent désormais planifier rapidement une télé-expertise avec un le Dr Alexis Lepetit, psychiatre de la personne âgé. « Avant, une équipe pouvait attendre des semaines pour avoir un avis. Là, nous amenons une réponse dans la semaine, parfois en urgence », explique le Dr Gasiot.
Les réunions métiers rythment l’année pour partager les retours d’expérience et ajuster les pratiques. Face à l’isolement professionnel que beaucoup ressentent, cette mise en réseau prend tout son sens.
Deuxième levier : outiller les équipes face à la complexité
Face à des résidents aux pathologies plus lourdes, les équipes ont besoin d’outils. En 2025, plusieurs protocoles ont été développés et déployés :
- Protocole d’évaluation de l’autonomie pour prévenir les chutes
- Deux protocoles sur le risque suicidaire : repérage précoce et gestion de crise
- Protocoles nutrition et lutte contre la dénutrition
- Mise à jour de la politique hygiène et plan de management du circuit du médicament
« Ces protocoles sont des trames qui aident les équipes à ne rien oublier, à avoir les bons réflexes, à savoir qui appeler. C’est du temps gagné et de la sécurité en plus », précise Elisabeth Gasiot.
Le Forum Métiers de novembre 2025 a lancé la généralisation des évaluations gériatriques standardisées et des commissions thématiques (chutes, contention, nutrition). Pour 2026, ces outils seront intégrés directement dans le nouveau dossier informatique.
Troisième levier : la montée en compétences
Face au turn-over dans les équipes, il faut les faire grandir en compétences. Des webinaires thématiques mensuels sont prévus en 2026 sur les urgences en EHPAD, la traçabilité, la douleur, la prévention du risque suicidaire, la gestion des épidémies et la nutrition.
Nous continuons d’apprendre et d’ajuster
« AEGIS n’est pas un projet figé », insiste Elisabeth Gasiot. « C’est un chantier permanent. On teste, on évalue, on ajuste. »
En 2026, plusieurs chantiers sont sur la table : évaluer l’impact des protocoles, des audits et des boites à outils déployés, finaliser le déploiement des audits sur la , former les équipes au nouveau dossier informatique, lancer les formations sur l’accompagnement de fin de vie et axer les projets sur la prévention en gérontologie.
« L’idée, ce n’est pas de révolutionner la gérontologie », conclut le Dr Gasiot. « C’est juste de s’organiser mieux, tous ensemble, avec les moyens qu’on a. Et de se dire qu’on peut toujours trouver des solutions si on réfléchit collectivement. »
Face aux défis du secteur, AEGIS propose une voie : celle de l’intelligence collective et de l’innovation organisationnelle. Pas de recette miracle, juste du pragmatisme, de la coordination, et la conviction que nous sommes plus forts ensemble.
Le projet AEGIS en bref …
A – La personne accompagnée au centre de son projet de vie et de soins
E – Expertise gériatrique interdisciplinaire tout au long du parcours
G – Gestion et coordination renforcée des acteurs du soin
I – Innovation dans les prises en soins spécifiques
S – Structuration des pratiques et sécurisation des parcours


